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Nous sommes allés à la rencontre de Lénième, artiste multidisciplinaire qui passe de la création musicale aux pinceaux ornés de couleurs flamboyantes. Musicien-peintre en perpétuel mouvement, ce créateur se sent et se sait artiste depuis l’enfance. Récipiendaire en 2012 d’une bourse de Recherche et Développement du conseil des Arts et des Lettres du Québec l’ayant permis d’être à temps plein dans son métier d’artiste et de vivre de son art, il revient avec nous sur son parcours.

 

/Ton nom d’artiste m’évoque une suite de nombres. Peux-tu nous expliquer ton cheminement personnel dans ce choix de nom ?

Étymologiquement, mon nom d’artiste dérive d’un nom commun peu banal qui désigne l’absence de rang et de numéro. Employé de la même façon que deuxième et trente-et-un millionième, il devient cette fois de trop où quelque chose est innombrable. J’en ai fait un nom propre pour me rappeler que je ne suis ni le premier, ni le dernier à rechercher le grandiose, mais tout de même une pièce unique de l’équation.

/La nature et les grands espaces étant au cœur de tes toiles, quelle relation spéciale entretiens-tu avec la nature ? Cherches-tu, par-là, à dire quelque chose à l’humanité ?

J’ai grandi quelque part où tout est démesuré et où on a l’impression de toujours voir un nouvel endroit à explorer. Il y a toujours un nouveau sentier à emprunter et une nouvelle plage où s’asseoir. Toutes les fins de journée offrent un spectacle pour la première et la dernière fois ; il suffit de se payer un bon siège sur une roche pour le regarder. Auras-tu le courage de te voir au complet ? À travers l’immensité, sauras-tu confronter ta petitesse ? Voilà ce que je recherche à travers mes œuvres. Et à qui voudra bien prendre le temps de vivre un instant dans mes tableaux, je crois lui offrir une fenêtre magnifique vers la grandeur du monde. Il pourra lui-même se confronter à son humanité devant les éléments. C’est un sentiment très intime d’être témoin d’un instant magique de la nature. Quand tu sais regarder, tu peux te rappeler tous les jours sur quel astre impressionnant tu as la chance d’habiter.

/Originaire de Baie-Comeau où les saisons sont bien marquées, peux-tu nous parler des printemps de ton enfance ?

Le printemps a pour moi, et ce depuis très longtemps, une signification très particulière. Bien sûr, c’est la fin d’un hiver long et hostile sur la Côte-Nord, mais surtout la renaissance d’un territoire en entier. Les couleurs, les odeurs, les traces laissées par la fonte des neiges se font ressentir dans tous les aspects de la vie quotidienne. Les immensités se dégagent et font place à tout curieux d’aller laisser vaquer son esprit aux plus belles contemplations. Le randonneur pourra enfin se voir lui-même s’il regarde assez loin à l’horizon. Le printemps, encore plus intensément que les autres saisons, offre le spectacle d’une lutte des éléments et d’une frénésie impatiente d’éclater. La promesse de journées longues et chaudes dans un cadre lent et froid… quel beau mélange pour vouloir se lever tôt ! Quand gagnera le soleil sur cette nappe épaisse de glace qui recouvre tout le Québec ?

/Grand voyageur, tu as exploré de nombreux espaces ! Quels printemps du monde as-tu connu et que peux-tu nous en dire ?

Je ne sais pour quelle raison mais les cultures latines m’ont toujours autant attiré ! Il est probable que l’effet de chaque rayon de soleil sur moi, au printemps m’a fait rêver d’un été éternel. Pour étancher ma soif de chaleur, j’ai vécu les printemps espagnols, argentins et brésiliens. La valeur de cette saison aux yeux de ces habitants ne m’a pas semblé être la même ; comme si l’été était leur dû et le printemps, un court mal nécessaire. Una primavera brève et constante qui amène vers un soleil ardent et interminable. D’où je viens, le printemps s’éternise et est avare de rayons, et souvent il est torrentiel lorsque les rivières et les lacs s’engorgent, nous laissant quelques brefs instants à capturer. Il faut savoir l’apprécier, il faut savoir patienter.

/ Les différentes saisons modifient souvent nos modes de vie. Comment, pour toi, s’organise la découpe de ton temps créatif ?

En une seule et belle image ! Je m’encabane l’hiver et je danse l’été. L’impact des saisons est très important sur ma création artistique, autant sur la nature de mes activités que sur mon humeur.

L’été est à la fois libre et très occupé : c’est la saison des symposiums de peinture, des concerts extérieurs et des festivals. Je peux aller peindre sur la plage ou jouer de la musique sur le parvis de l’église ; c’est une saison où il est simple de montrer mon travail et facile de ne pas compter les heures.

Arrive l’automne. D’abord, le bel automne des couleurs et des récoltes où les paysages me forcent à rougir ma palette de peinture pour ensuite, dénuder mes arbres et finalement, grisailler mes cieux. C’est une saison de force tranquille et de travail acharné, une saison d’envoi de candidatures pour l’année suivante et de booking de spectacles pour l’hiver.

Le voilà, cet hiver, froid et silencieux ! Définitivement, c’est la saison où je peins le plus, où je m’enferme dans l’atelier pour travailler mon œuvre et poursuivre mes expérimentations. Je peaufine sans cesse ma technique, raffine mes perspectives et élabore des plans détaillés. Je suis plus méthodique, plus appliqué et plus patient. Les gestes prennent du temps et il demande beaucoup d’énergie pour peu de déplacement. C’est une saison où je vais énormément en forêt ; tout y est immobile et magnifique. Ma région natale reçoit des quantités impressionnantes de neige à chaque année et donc autant d’idées de peinture pour moi.

Revient finalement le printemps. Fier et grandiose, annonciateur de paix par cette lutte incroyable entre chaud et froid. Reviennent la vitesse et le coup de tête, reviennent le soleil et les couleurs, revient Lénième d’une épopée créative. C’est une saison de ménage artistique et de légèreté, de croquis et d’idées. Le dégel, une grande pouffée de courage et d’inspiration !

/Nous avons parfois des couleurs qui nous collent à la peau et au regard. Si tu devais associer trois couleurs au printemps, quelles seraient-elles ?

Je crois fermement que les couleurs sont libres et ne peuvent pas être catégorisées ; elles sont muables et volatiles ; donc, très difficiles à attraper, d’autant plus au printemps où les teintes chaudes et froides se chamaillent. Les journées s’étirent et les bourgeons naissent. Et avec ces journées, un décor regorgeant de vie et toute la palette de couleurs qui fait la course pour être le gagnant à l’été ! Les clashs de couleurs sont clairement au rendez-vous et l’œil curieux saura voir les infinies décompositions de couleurs de la flore en renaissance. Un grand hourra pour le printemps où tout est permis, où le gris se transforme en vert, où le blanc défige pour dévoiler l’arc-en-ciel de couleurs qui composent le paysage.

 

Lou Piote (France – Canada)

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mai 30, 2018
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Niiice!! J’adore Lénième : )!

juillet 16, 2018
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Tant mieux alors 😉
Merci

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