The Matrix, The Truman Show et l’allégorie de la caverne de Platon

Qu’est-ce que The Matrix, The Truman Show et l’allégorie de la caverne de Platon ont-ils en commun ? En prenant le temps de les analyser, on s’aperçoit que ces trois œuvres exhortent le public à imaginer des scénarios paradoxaux, dans lesquels tout ce que l’on tient initialement pour vrai finit par s’effondrer. La frontière entre l’illusion et la réalité ainsi que celle entre l’apparence et la vérité deviennent toujours plus subtiles et nos croyances finissent par vaciller sous le poids du doute et de l’incertitude.

 

The Matrix
Crédit : 1zoom.me

The Matrix est un film de science-fiction réalisé par les sœurs Wachowski et sorti dans les salles en 1999. Il appartient à la sous-catégorie « cyberpunk », puisqu’il met en scène un futur dystopique dans lequel une société avancée dans l’usage de la cybernétique et des nouvelles technologies numériques de l’information et de la communication est présentée. Le portrait est celui d’un monde à venir où les êtres humains mènent inconsciemment des vies de pure fiction, prisonniers d’une simulation virtuelle créée par la Matrice. Ainsi, l’humanité demeure emprisonnée dans une illusion sans échappatoires produite par des machines intelligentes qui se servent de la chaleur et de l’énergie du corps humain pour survivre. La réalité virtuelle permet à ces machines de garder l’humanité sous contrôle, mais un petit nombre d’humains sont parvenus à se soustraire de l’emprise de la simulation et se battent pour sortir leur monde de sa servitude. C’est dans ce contexte que Néo (Keanu Reeves), un programmeur informatique, prend progressivement conscience de l’existence de la Matrice et se retrouve face à un dilemme fondamental : aller à la recherche de la vérité ou continuer à vivre dans un monde de croyances et de fiction. Ce premier film, détenteur de quatre Oscars (effets visuels, montage, son et montage sonore), ouvrira les portes à la série The Matrix qui continuera avec The Matrix Reloaded, The Matrix Revolutions et, en 2021, The Matrix Resurrections.

The Truman Show
Crédit : allocine.fr

The Truman Show est un film américain sorti en 1998 et réalisé par Peter Weir. Il raconte la vie de Truman Burbank (Jim Carrey), un homme qui, depuis son enfance, fait partie d’une émission de téléréalité dans laquelle son quotidien est filmé sans qu’il n’en soit conscient. Truman est le seul à ignorer la vérité : l’île paradisiaque sur laquelle il vit et qui correspond à sa réalité, n’est qu’un monde fictif, une sorte de studio télévisé où tous ses mouvements sont filmés et transmis en direct 24h/24. Même celle qu’il considère comme sa femme, ainsi que les gens qu’il côtoie dans la ville ne sont que des acteurs engagés pour jouer un rôle dans ce spectacle grotesque. Le réalisateur se dévoile prêt à tout, même à faire vivre des traumatismes au protagoniste pour que ce dernier ne quitte jamais l’île et que l’émission continue. Ainsi, Truman, qui, au début du film, est heureux et satisfait de son existence d’homme libre (c’est ce qu’il croit), se rend compte graduellement que quelque chose d’anormal se passe autour de lui. Par exemple, dès qu’il se comporte de manière imprévisible ou qu’il essaie de quitter la ville, tout est mis en œuvre pour l’entraver. À la fin du film, Truman, qui finit par comprendre la vérité, est amené à choisir entre deux possibilités : accepter passivement son sort et rester dans l’émission ou bien se montrer prêt à tout pour quitter cette réalité trompeuse, dont il a été prisonnier tout au long de sa vie.

 

L’allégorie de la caverne
Crédit : Le café-philo du Pays d’Aigues

L’allégorie de la caverne est un récit introduit par Socrate dans le Livre VII, La République de Platon. L’allégorie consiste en une « expérience de pensée » (un dispositif très utilisé en philosophie), par laquelle on se représente une situation fictive, mais proche de la réalité, afin de pouvoir tirer certaines conclusions aussi applicables à notre monde.

L’allégorie de Platon met en scène des hommes enchainés et enfermés au cœur d’une caverne ; ils ont le dos tourné et les seules choses qu’ils peuvent voir devant eux sont des ombres en mouvement, projetées sur le fond de la caverne grâce aux flammes d’un feu et à un mur sur lequel défilent différents objets. La première observation de Socrate porte sur la croyance de ces hommes prisonniers par rapport aux ombres. En effet, ils les considèrent comme une source de vérité et, puisque les seules choses auxquelles leurs sens ont accès sont ces projections, ils leur ont attribué une valeur de réalité absolue.

Ensuite, l’allégorie propose un deuxième niveau d’analyse. Si l’un des prisonniers arrivait par ses moyens à se libérer de ses chaines et à remonter jusqu’à la sortie de la caverne, celui-ci serait d’abord aveuglé par la lumière du soleil. Il serait contraint de baisser le regard vers le sol où ses yeux rencontreraient un lac transparent. Il verrait ainsi le reflet des choses naturelles sur la surface de l’eau et se rendrait compte que ce qu’il regarde est plus réel que les ombres des objets projetées dans la caverne. En levant ses yeux du sol, il apercevrait ensuite véritablement les choses matérielles tout autour de lui et il dirigerait enfin son attention vers le soleil qui répand sa lumière partout dans le monde. L’acte de libération du prisonnier, qui brise symboliquement ses propres chaînes et abandonne la caverne où ne régnaient que la mensonge et l’apparence, doit être interprété en clef allégorique. Pour Platon, il représente le parcours de l’homme philosophe qui décide de son propre gré de s’éloigner des illusions et de l’ignorance pour aller à la recherche de la sagesse et de la vérité.

En dernière instance, le récit décrit les difficultés majeures rencontrées par celui qui aurait trouvé le courage de tourner le dos aux fausses croyances pour embrasser la vérité : la diffusion de son nouveau savoir et le partage de sa prise de conscience à son peuple. En effet, Platon s’imagine que cet homme retourne à l’intérieur de la caverne pour expliquer ses découvertes aux autres prisonniers. Toutefois, ceux-ci refusent de le croire : ils le considèrent d’abord comme un fou, puis, comme une menace contre la tranquillité de leur existence. Ils en arrivent même à le tuer pour qu’il arrête de les embêter avec ses histoires d’illusions, d’ignorance et de l’existence d’une réalité autre que celle qu’ils ont toujours connue. Le sacrifice de cet homme philosophe symbolise pour Platon la condamnation à mort de Socrate par les citoyens d’Athènes qui, n’ayant pas voulu écouter son véritable savoir (épistémè), ont préféré le faire disparaitre afin de poursuivre tranquillement leur existence remplie d’apparences, de fausses croyances et de vaines opinions (doxa).

 

L’enjeu de l’illusion : la fiction vs le monde réel

Il est évident que The Matrix, The Truman Show et l’allégorie de la caverne de Platon ont finalement le même objectif qui consiste à pousser le public à remettre en question leurs croyances les plus profondes. En effet, The Matrix interroge le spectateur par rapport à ce qui est réel et ce qui ne l’est qu’en apparence : comment savoir si nos sensations, nos croyances, nos impressions sont effectivement existantes ou si elles sont le fruit de notre imagination, de notre perception faussée, voire d’une simulation virtuelle, dont nous sommes prisonniers ? Si on ne peut pas s’apercevoir de l’illusion pour autant qu’on y est plongé et qu’on subit ses effets, est-il vraiment possible de distinguer ce qui est réel, ce que nous considérons comme vrai de ce qui n’est que pure fiction ? Aussi, The Truman Show incite les spectateurs à réfléchir sur la possibilité de tromper un homme tout au long de sa vie pour le conditionner à agir d’une certaine manière, en lui laissant croire qu’il est libre et indépendant alors qu’il n’est qu’une simple marionnette dans les mains d’un autre ? Cette question invite à s’interroger sur l’effectivité de notre liberté, de nos choix individuels, de nos actions dans le monde, à savoir dans quelles mesures nous sommes les vrais maîtres de soi-même. Enfin, l’allégorie de la caverne de Platon nous rappelle l’ancienneté de ce genre de questions de nature métaphysique, portant sur l’existence du monde extérieur, sur le degré de réalité des choses et sur la correspondance entre nos perceptions et nos croyances et, d’autre part, la réalité externe : est-ce que les hommes sont naturellement plongés dans l’illusion et dans l’apparence qu’ils ont réellement accès à la vérité ? Dans ce dernier cas, seraient-ils prêts à l’écouter, à l’accepter et à devenir eux-mêmes des hommes philosophes, c’est-à-dire, « ceux qui sont en quête du savoir véritable » ?

 

Bibliographie

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