Rugby fauteuil | La révélation d’une vocation avec Nicolas Valentim

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Découvrez le portrait de Nicolas Valentim et plongez dans ce parcours singulier où handicap et sport sont conjugués pour offrir un nouveau panorama très souvent restreint. Lisez ces lignes inspirantes et laissez cette interview vous permettre d’apprendre un peu plus sur le handisport et ce, dans toute sa singularité.

 

Nous vous présentons Nicolas Valentim, un joueur de rugby fauteuil de l’ASM Clermont, qui, dans le cadre de cette rubrique « Portraits d’athlètes et pratiques sportives », s’est confié à nous sur sa vision et son parcours au sein du monde du handisport. Le rugby fauteuil pour Nicolas Valentim relève de la vocation.

Le choix de Nicolas Valentim et du club de rugby de Clermont n’est pas anodin car ce dernier fut l’un des premiers clubs de rugby à intégrer une section de rugby fauteuil. Contrairement au rugby à sept ou à quinze joueurs, le rugby fauteuil qui trouve ses origines au Canada dans les années 70, se joue à quatre contre quatre en fauteuil roulant par des personnes avec des handicaps physiques des membres inférieurs. Il est un sport d’équipe mixte provenant du rugby à quinze, du football américain et du basket.

Jugez par vous-mêmes du parcours inspirant de Nicolas Valentim que nous allons tenter de faire revivre à travers notre échange.

 

Mais avant tout, qui est-il ?

Nicolas Valentim est membre de l’équipe de rugby fauteuil de l’ASM Clermont depuis 2012. Il a découvert le handisport au lycée pendant les cours d’éducation physique et sportive (EPS) et a commencé le rugby fauteuil lors d’une démonstration au lycée par une association. L’entraîneur était aussi le créateur de la section handisport de rugby fauteuil avec le soutien de l’ASM omnisports. Intéressé par cette discipline qui lui était encore inconnue jusque-là, Nicolas Valentim participe à quelques entraînements. Une passion est alors née et le voilà devenu joueur de rugby fauteuil. Aujourd’hui, il est le seul et unique salarié de l’association Handi’school.

 

 

R Magazine : Si vous deviez vous décrire, quels mots vous qualifieraient le mieux ?

Nicolas Valentim (NV) : Les trois mots qui me définissent sont : humble, discret et travailleur.

R Magazine : Qu’est-ce que le rugby fauteuil ?

NV : C’est un sport de contact en développement en France, mais déjà bien avancé au Canada, au Japon, aux États-Unis. Praticable pour les personnes ayant des handicaps des membres inférieurs, notamment les tétraplégiques, les infirmes moteurs cérébraux, celles faisant partie des handicapées de naissance et les amputées, le rugby fauteuil est un mélange de plusieurs disciplines sportives : d’abord, le basket, avec ses règles et ses stratégies, ensuite le football américain et, enfin, le handball, notamment pour les zones d’attaques et de défense.

Stratégiquement, il y a un esprit de cohésion, d’entraide et de contact ; ce qui est la différence fondamentale avec le rugby traditionnel. Les passes en avant sont autorisées, mais cela demande une infrastructure logistique au niveau du personnel soignant, dans le cadre des compétitions.

Les équipes comportent douze joueurs, mais il n’y en a que quatre qui jouent sur le terrain [NDLR Titulaires]. Il y a de nombreux roulements au sein de l’effectif. Les équipes sont mixtes et il n’y a pas de limite d’âge. La catégorie dépend du type de handicap que présente le joueur. Les matchs de rugby fauteuil vont de 1 h à 1 h 15.

 

R Magazine : Si vous naviez pas pratiqué le Rugby fauteuil, quel sport auriez-vous préféré ?

NV : J’aurais certainement opté pour le tennis de table en handisport du fait de mon handicap et, si je n’en avais pas, mon affection élective [sic.] se serait dirigée vers le football.

 

R Magazine : Les clubs de rugby en France sont-ils adaptés pour les personnes en situation de handicap ?

Nicolas Valentim : De plus en plus. Par exemple, mon club, l’ASM, est un club omnisports complet avec un cabinet médical disposant d’une salle d’entraînement. Mais, cette demande est toujours à l’initiative d’une personne souvent en situation de handicap qui décide de lancer une section adaptée. Cela prend du temps de lancer une section,. Il faut souvent plusieurs années car un fauteuil coûte 10 000 euros, ce qui inclut la mise en place d’une structure médicale. On retrouve, par exemple, des sections handisport à Toulouse, Paris, Nantes, Niort.

 

R Magazine : Les athlètes handisports sont-iels bien intégré.es dans le milieu sportif, en France ?

NV : Ces sportif.ve.s sont encore trop considéré.e.s comme des « personnes handicapées », justement, qui font du sport pour se changer les idées, s’aérer l’esprit. Les situations au Canada et au Japon sont différentes, car nous sommes plus intégré.e.s et considéré.e.s comme de vrai.e.s sportif.ve.s. Au Japon, par exemple, les structures sont adaptées et tout est aménagé, y compris les bâtiments de service public. Nous pouvons noter que la mentalité y est différente, car les personnes handicapées sont plutôt bien intégrées dans la société. Dans le cas « franco-français », les structures et les espaces publics ne sont pas encore tous aménagés. Nous avons pu constater que les mentalités n’ont pas tellement évolué à ce sujet. Il est sûr que pour que la personne handicapée soit complètement intégrée, il faut repenser l’accès aux équipements sportifs ainsi qu’aux espaces publics afin que notre pays devienne accessible.

Donc l’accessibilité et l’espace public sont fortement liés. Mais, la connaissance du rugby fauteuil commence à être médiatisée et plus un sport est médiatisé, plus les gens s’y intéressent. Le handi-basket et le para-athlétisme restent, cependant, plus connus en France.

 

R Magazine : Quels sont vos objectifs sur le long terme ?

NV : Parmi les objectifs sur le long terme, il y a le Championnat du monde en 2022, le tournoi au Canada de Rugby fauteuil et les jeux paralympiques de 2024 à Paris.

 

 

Durant cette interview, Nicolas Valentim nous a fait part de sa volonté de vouloir faire évoluer les mentalités par rapport à ce sport encore trop peu considéré en France. Néanmoins, depuis ses débuts en 2012, il s‘aperçoit d’une amélioration notamment grâce à sa médiatisation. Espérons que le rugby fauteuil arrive à trouver sa place en France, comme c’est le cas au Canada ou même encore au Japon. Il serait souhaitable que ce sport puisse bénéficier d’une meilleure couverture médiatique, en dehors des temps olympiques, ce qui entraînerait plus de vocations et assurerait une véritable visibilité. Selon notre intéressé, il faudrait peut-être permettre l’accès au statut de sportif de haut niveau aux athlètes handisport et offrir à ce sport un statut à part entière.

À ce jour, le ministère des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques ne reconnait pas encore le rugby fauteuil de manière institutionnelle.

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