Rencontre avec Maky Sylla : un artiste au service de la Mémoire.

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Maky Madiba Sylla est un artiste aux multiples talents. Passionné par la musique et le cinéma, il est chanteur de reggae en solo ou en groupe sous le nom de Daddy Maky et réalisateur de films documentaires. Entretenir la mémoire culturelle sénégalaise, transmettre, partager ses convictions et engagements et rassembler les générations sont des motivations qui lui tiennent à cœur et qu’il place au centre de ses créations.

Maky Madiba Sylla est un artiste sénégalais connu également sous le nom de scène Daddy Maky. Très jeune, il commence une carrière musicale à succès, en solo ou avec son groupe en tant que chanteur de Reggae. En parallèle, il suit des études de cinéma avant de devenir réalisateur de documentaire. En 2021, il sort son premier long-métrage dans lequel il retrace, au travers d’images d’archives et de témoignages de plusieurs de ses proches et personnalités l’ayant côtoyé, la vie et l’œuvre de Laba Sosseh, un des grands noms de la musique africaine.

R Magazine est parti à la rencontre de ce chanteur et cinéaste émergent :

Maky Madiba Sylla, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Maky Madiba Sylla, je suis né à Dakar, au Sénégal et je suis un artiste, musicien, chanteur et réalisateur. J’ai réalisé mon premier long-métrage en 2021 en collaboration avec Lionel Bourqui : El Maestro Laba Sosseh, l’histoire du plus grand salsero africain et j’ai enregistré un album avec mon groupe et trois autres en solo sous le nom Daddy Maky.

D’où vous est venu ce goût pour la musique et le cinéma  ?

En ce qui concerne le cinéma, j’ai toujours été passionné. Dès le plus jeune âge, je passais plusieurs heures par semaine dans le cinéma près de chez moi qui projetait tous les genres ; Cela m’a permis de développer seul, une culture cinématographique solide et de découvrir les films internationaux et sénégalais, même si, pendant longtemps, il y passait plus de films étrangers. J’ai alors été charmé par les productions de Spike Lee, de Melville, avec Belmondo, d’Ousmane Sembène, de Djibril Diop Mambéty… et, en particulier, des films comme Le Bal Poussière de Henri Duparc. Quant à la musique, c’est aussi venu naturellement en écoutant de grands artistes qui m’ont particulièrement marqué comme Bob Marley qui a été une découverte imprégnante tant personnellement que professionnellement.

Comment s’est déroulé votre parcours musical ?

Très jeune, je découvre Bob Marley, puis d’autres artistes comme Alpha Blondy, ce sont des révélations pour moi et ma carrière musicale. Je commence à fréquenter les studios pour y côtoyer d’autres artistes et enregistrer des chansons. J’y passais beaucoup de temps mais, surtout, par passion. Vers mes 19 ans, mon rêve devient réalité ; ma passion pour la musique se concrétise et je pars pour une tournée en Europe, plus particulièrement en France, en Allemagne et en Suisse avec des grands noms tels que Lucky Dube ou Tiken Jah Fakoly.

Et pour ce qui est de votre carrière dans le cinéma ?

J’ai suivi mes études de cinéma en Angleterre, à la Birmingham Film Institute, ce qui m’a permis d’apprendre les techniques de réalisation et de me professionnaliser. Avant cela, j’ai entrepris mon premier projet filmique ; le tournage du clip de « Natalia » une des chansons de mon groupe. À la suite de mes études, j’ai été l’assistant réalisateur d’Ibrahima Sarr. Puis j’ai tourné un documentaire sur l’Accro Roller avant de réussir à boucler mon premier long-métrage.

Justement, pouvez-vous nous parler de ce premier film ?

Il s’agit d’un film documentaire sur une figure emblématique de la musique sénégalaise, Laba Sosseh, chanteur de Salsa Afro-cubaine des années 60-70. Je voulais, à travers ce film, donner la parole et un visage à celui qui deviendra le précurseur de la musique sénégalaise. Venir marquer le public et remonter dans le temps. Laba Sosseh est devenu en 2007 le premier artiste sénégalais à recevoir un disque d’or et est connu de tous au Sénégal. Déjà une référence incontournable chez nos parents, son nom est bien connu chez les plus jeunes, même si la plupart n’a jamais écouté ses morceaux. C’est donc pour cela que dans mon film j’ai tenté de fédérer toutes les générations autour de ce géant de la musique. pourquoi je voulais, à travers ce film, transmettre à la jeunesse et relier les générations autour d’un grand nom de la musique. C’est un film qui a nécessité cinq ans de réflexion et des voyages dans sept pays parmi lesquels Cuba, États-Unis (New-York), France (Paris), Côte d’Ivoire (Abidjan), etc. Et, c’est une mission accomplie puisque le film a rencontré son public et, lors de la diffusion sur Canal+, plusieurs amis et connaissances m’ont appelé pour me dire qu’ils l’avaient regardé en famille ou avaient pu découvrir cet artiste pour, ensuite, en discuter avec leurs parents et proches.

Vous menez donc vos deux carrières dans la musique et le cinéma en parallèle, abordez-vous ces deux domaines de la même manière ?

Pour moi, les deux sont complémentaires : il n’y a pas de films sans musique et j’aime mêler les images à la musique, à la manière du clip que j’ai réalisé. Une promiscuité subsiste, pour moi, tout comme dans le fonctionnement des cours d’arts que j’ai suivi en Angleterre où la formation est souvent complète avec cinéma, théâtre, musique, chant et des étudiants devant toucher à tout. Il y a toujours un lien entre un art et un autre, je partage cette conception et aborde donc les deux de la même manière.

Vous êtes chanteur de Reggae et citez comme références des artistes comme Bob Marley, Alpha Blondy, Spike Lee, Henri Duparc…Quelle est votre part d’engagement dans vos créations artistiques ?

Plutôt que de parler d’engagement, je me situerais plus dans une démarche de conscientisation. J’ai développé rapidement, à partir de l’adolescence, ma conscience sociale, politique, humaine… avec des grands modèles comme Nelson Mandela ; d’où, mon surnom Maky Madiba Sylla. Ainsi, très tôt, j’ai compris de quoi il s’agissait et j’étais très au fait de tout ce qui se passait, notamment en Afrique australe. Je me suis baigné dès le plus jeune âge dans le militantisme au point où cela transpire naturellement de mes créations. Mais, ce que je cherche surtout à faire, c’est un travail de transmission, c’est essayer de partager ma façon de penser. Par exemple, avec mon film sur Laba Sosseh, mon intention était de faire un bond dans le passé pour le faire résonner avec le présent, de créer un pont entre les générations en partageant cette culture commune. Donner conscience aux plus jeunes de la valeur de leur héritage culturel, de la valeur d’une époque qu’ils n’ont pas connu. Faire tomber les barrières avec des sujets légers et accessibles comme la musique et ainsi rassembler.

La transmission est une part essentielle dans vos créations. Se matérialise-t-elle au travers de rencontres avec les publics ou par d’autres biais ?

En effet, j’ai pu constater l’impact qu’ont pu avoir des œuvres, des artistes et des personnalités sur ma construction et j’aime le fait que cela puisse passer par la culture. Partager une culture et des connaissances, relier les générations pour combler ce tabou intergénérationnel, créer la discussion, le débat. C’est pourquoi, pour la sortie du film, j’ai participé à plusieurs rencontres avec le public, à des débats et échanges autour du film.

Quels sont vos projets à venir ?

Dans une démarche similaire de vouloir enrichir le patrimoine culturel immatériel et d’effectuer un travail de mémoire autour de grands noms de la culture sénégalaise, j’ai deux projets récents et à venir : Mon dernier film documentaire sur Amath Dansokho, ancien ministre et président du Parti de l’Indépendance et du Travail du Sénégal, intitulé Amath Dansokho, il chantait rouge a été projeté le 27 janvier 2022 pour la 6e édition du colloque international de Dakar à l’université Cheikh Anta Diop. Enfin je prépare un film sur Jules-François Bocandé, un des meilleurs buteurs de l’équipe de football du Sénégal.

En attendant ces prochains films, El Maestro Laba Sosseh, l’histoire du plus grand salsero africain se découvre dans plusieurs pays et est présenté lors de festivals au Sénégal, en France, aux Etats-Unis… et les albums et chansons de Daddy Maky sont disponibles sur internet et diverses plateformes d’écoute en ligne :

Constance Lemaire

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