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Récompenses au cinéma : Où sont les femmes lauréates ?

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Le 25 avril 2021, Chloé Zhao remporte lors de la 93ème Cérémonie des Oscars, le prix du Meilleur Film ainsi que celui de la Meilleure Réalisation pour son film Nomadland. Elle devient alors la seconde femme réalisatrice à obtenir ce prix après Kathryn Bigelow en 2010 pour Démineurs. Une récompense remarquée puisqu’elle vient mettre en évidence le manque de femmes cinéastes récompensées pour cette catégorie. Ces deux dernières lauréates comprises, elles ne sont que 6 en 93 éditions des Oscars à être nommées dans la catégorie Meilleure Réalisation (Lina Wertmuller pour Seven Beauties en 1977 (77ème cérémonie) ; Jane Campion pour The Piano (La Leçon de Piano) en 1994 (66ème cérémonie) ; Sofia Coppola pour Lost In Translation en 2004 (76ème cérémonie) ; Kathryn Bigelow pour The Hurt Locker (Démineurs) en 2010 (82ème cérémonie) ; Greta Gerwig pour Lady Bird en 2018 (90ème cérémonie) ; Chloé Zhao pour Nomadland en 2021 (93ème cérémonie).

Crédit : Pexels – Rodnae Productions

2021 : un air de changement

Cette surprenante victoire de Chloé Zhao n’est pas un cas isolé pour cette année 2021 qui semble propice à ouvrir aux femmes cinéastes les portes si privilégiées du Cinéma. Pour la première fois de son histoire, les Golden Globes nommaient cette année trois réalisatrices en compétition pour le prix de la Meilleure Réalisation. En France, c’est le 17 juillet 2021 que la 74ème édition du Festival de Cannes voyait son prestigieux jury, présidé par le multi récompensé Spike Lee, attribuer la Palme d’Or à Julia Ducournau pour son film Titane. Une décision qui marque elle aussi l’histoire du festival puisque la réalisatrice est seulement la deuxième femme à remporter ce premier prix, après Jane Campion en 1994 pour La Leçon de Piano (The Piano) partageant la première place ex aequo avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine.

Des victoires réjouissantes mais qui incarnent en même temps un constat manifeste sur l’absence de parité dans le monde du cinéma encore en vigueur aujourd’hui.

 

Quelques chiffres

 Parmi les études réalisées sur le sujet, l’Annenberg Inclusion Initiative, qui œuvre pour lutter contre les inégalités et pour l’inclusion dans le domaine culturel, a réalisé en 2019 un bilan sur la diversité au cinéma et les chiffres sont on ne peut plus éloquents.

L’étude basée sur 1300 films populaires sortis aux Etats-Unis entre 2007 et 2019 questionne les représentations de genres, d’ethnies, LGBTQ et de personnes avec handicap pour le cinéma américain. Concernant les réalisatrices, l’étude révèle que sur cette longue période, elles ne représentent que 4,8% des réalisateurs, soit 70 sur 1447. Pour l’année 2019 elles n’étaient que 12 réalisatrices sur 112 soit 10,7%, une nette amélioration comparativement à 2018 où elles représentaient 4,5% et 2007 (seulement 2,7%).

Pour ce qui est de la production française, l’association Collectif 50/50 constate qu’entre 2006 et 2016, les femmes n’étaient présentes qu’à 23%, mettant en lumière également les disparités dans la réalisation française où le pourcentage de femmes n’excède jamais 29% et ce quel que soit le genre (fiction, animation, documentaire).

Ces chiffres rejoignent le constat fait par Agnès Jaoui, réalisatrice française connue et reconnue et membre du collectif 50/50, dans son discours percutant prononcé dans le cadre des Assises pour l’égalité, la parité et la diversité dans le cinéma qui se tenaient les 25 et 26 novembre 2020 :

« Vers 30 ans quand je faisais des interviews à l’étranger j’étais très fière de clamer qu’en France nous étions 20% de femmes réalisatrices, bien plus que dans n’importe quel autre pays du monde. Vers 34 ans, je me suis rendu compte que cela signifiait que 80 % des films étaient réalisés par des hommes et je me suis demandé pourquoi j’avais été si fière d’un pourcentage aussi nul. Quelle puissante acceptation de mon infériorité m’avait fait me réjouir d’un chiffre aussi minable ».

Crédit : Pexels – Donald Tong
Revirement et solutions

La Palme d’Or de Julia Ducournau marque une petite révolution dans le climat actuel du cinéma. Elle est en effet la première femme réalisatrice à remporter ce fameux prix seule sur la haute marche du podium, événement aussi rare sur la scène nationale qu’internationale, comme en témoignent les études. Mais c’est avec un film de genre que la réalisatrice décoche le sésame : Titane , un film gore et réalisé par une femme. Deux éléments qui ont de quoi bousculer la marche établie, faisant résonner de manière tout à fait symbolique les mots de la cinéaste lors de son discours de remerciements : « Merci au jury de laisser entrer les monstres », sous-entendu les films horrifiques, les femmes qui font ces films et cette protagoniste féminine et violente.

L’année 2021 insuffle ainsi une nouvelle impulsion d’optimisme pour ce qui est de l’instauration d’une reconnaissance plus égalitaire dans le monde encore trop majoritairement masculin du cinéma. Dans cette démarche de lutte pour l’égalité plusieurs associations ou événements aident déjà à opérer un changement et mettre en lumière le travail des femmes cinéastes. Parmi eux, la création du prix Alice Guy qui récompense la réalisatrice de l’année, la création du Collectif 50/50 ou du Lab Femmes de Cinéma pour mettre en place des réflexions et actions dans cette même lutte.

 

Espérons que la dynamique initiée par cette année florissante en récompenses perdure et que les différentes actions mises en place permettent de rétablir une égalité attendue depuis trop longtemps.

 

Crédit Couverture : Pexels – Ron Lach

 

SOURCES

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