L’importance de la restitution des œuvres d’art

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Le 9 novembre 2021 marque la signature de l’acte de transfert de propriété de 26 œuvres pillées par la France au Benin. Cet évènement permet de se questionner sur l’importance de la restitution des œuvres art pillés au moment de la colonisation. Comment la restitution peut-elle s’inscrire dans un processus de réparation du préjudice colonial ?

 

Depuis le début du mouvement des indépendances africaines dans les années 60, la restitution des œuvres pillées par les puissances coloniales a toujours été sujette à débat. La signature de l’acte de transfert de propriété de 26 œuvres pillées par la France au Bénin permet de se questionner sur l’importance de la restitution de ces œuvres pour l’Afrique et son futur. Comment la restitution peut-elle s’inscrire dans un processus de réparation du préjudice colonial ?

 

Le contexte

Le 28 novembre 2017, le Président de la République Française, Emmanuel Macron, lors de son discours à l’Université de Ouagadougou au Burkina Faso, déclare que la restitution des œuvres d’art au continent deviendra « une priorité absolue » pour la France au cours de son quinquennat.[1] Un an plus tard, le 23 novembre 2018, Emmanuel Macron approuve la restitution de 26 œuvres dépouillées par l’armée française en 1892 lors de la conquête du Bénin. Cette approbation se fait quelques jours après la remise d’un rapport de Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, intitulé « Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle »[2].  Dans cette optique, une loi fut adoptée par le Parlement français permettant cette restitution le 24 décembre 2020[3]. La signature de l’acte de transfert de propriété et la finalisation du processus de restitution est signée le 9 novembre 2021[4]. Les œuvres restituées sont 26 prises de guerre, acquises donc par la violence ou la coercition, provenant du palais d’Abomey[5]. Une de ces œuvres, la statue du Roi Béhanzin revêt une signification particulière, puisque le Roi Béhanzin fut le dernier roi du Dahomey, le Bénin à l’époque. Son pays a été battu par la France qui instaurait par la même occasion la colonie du Dahomey.

Sachant qu’il est estimé que 85 à 90 % des œuvres culturelles africaines ont été arrachées au continent et qu’elles se trouvent à l’extérieur de celui-ci, nous pouvons nous questionner sur l’importance de la restitution pour le continent africain[6].

 

L’importance

Tout d’abord, permettre que le butin (les œuvres d’art) de l’exploitation brutale et de la coercition restent en dehors du continent africain, reviendrait à ne pas saisir comment les puissances coloniales ont bâti leur richesse sur le dos des pays qu’elles ont volés et comment ceci a façonné le monde contemporain. Le retour de ce patrimoine culturel constitue, avant tout, un symbole qui se manifeste comme étant la reconnaissance d’un tort, d’une injustice du passé qui permettra la construction durable du présent et surtout du futur. En d’autres mots, le simple fait que la puissance coloniale, ici la France, décide de rendre ces œuvres au pays colonisé, le Bénin, démontre bien que celle-ci reconnaît les avoir acquis de manière illicite et donc tout simplement, pillées.  Ces œuvres restituées jouent un rôle important dans la construction de la société des nations africaines puisqu’elles articulent des visions de l’histoire et fédèrent autour d’une histoire commune. La restitution représente donc, un acte créant une nouvelle histoire et une nouvelle identité pour les nations africaines. La restitution des œuvres pillées peut donc contribuer à redonner aux Africains, le pouvoir de construire un avenir libéré de l’héritage du colonialisme.

Cette idée de l’importance de la restitution n’est pas un phénomène nouveau puisqu’en 1969, soit 9 ans après l’accession à l’indépendance pour de nombreux pays africains, se tient en Algérie le premier festival culturel panafricain. Ce festival, comme nous l’explique Jean-Gabriel Leturcq, formulait comme idée « qu’en restituant les éléments confisqués de leur passé aux anciens peuples colonisés, les anciens colons redressent les torts et assurent un développement endogène ou authentique, conforme à “l’identité culturelle” des peuples. »[7]

Aujourd’hui, les œuvres restituées peuvent contribuer au développement des pays africains. Une fois retournées sur leur terre d’origine, ces œuvres exposées dans les musées, pourront générer du tourisme et donc favoriser le développement économique des pays africains. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a par ailleurs reconnu en 1990, l’inclusion du développement humain en l’insérant de manière implicite dans la notion de développement économique.[8]

 

Le futur

Néanmoins, il faut noter que la restitution ne peut être qu’une facette de la réparation des crimes de la colonisation et qu’il reste encore un long chemin dans la quête de justice. Comme l’indique Amy Niang, « l’acte juste répare même s’il ne restitue pas. Dans le cas des objets africains, la restitution devra s’accompagner de moyens importants pour assurer leur préservation en Afrique, et le transfert d’une partie des ressources que leur présence en Europe aura générées, sans paternalisme ni ressentiment. »[9]

 

 

Crédit Photo : Pixabay/RichardLey

[1] ELYSEE (2021) Engagements de Ouagadougou : 4 ans d’actions. En ligne https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/10/07/engagements-de-ouagadougou-4-ans-dactions , consulté le 1 décembre 2021.

[2] Idem,

[3] ELYSEE (2021) Restitution des biens culturels : une promesse tenue pour une nouvelle page des relations entre l’Afrique et la France. En ligne https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/12/18/restitution-des-biens-culturels-une-promesse-tenue-pour-une-nouvelle-page-des-relations-entre-lafrique-et-la-france , consulté le 1 décembre 2021.

[4] ELYSEE (2021) Les 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey sont revenues au Bénin. En ligne https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/11/14/les-26-oeuvres-des-tresors-royaux-dabomey-sont-revenues-au-benin , consulté le 1 décembre 2021.

[5] LE POINT AFRIQUE (2018) Restitution : la France va rendre « sans tarder » 26 œuvres d’art au Bénin. En ligne https://www.lepoint.fr/culture/restitution-la-france-va-rendre-sans-tarder-26-oeuvres-d-art-au-benin-24-11-2018-2274060_3.php , consulté le 1 décembre 2021.

[6] FRANCE24 (2021) An emotional moment” as Benin welcomes back looted treasures from France [« Un moment d’émotion » alors que le Bénin accueille les trésors pillés par la France]. En ligne https://www.france24.com/en/africa/20211110-an-emotional-moment-as-benin-welcomes-back-looted-treasures-from-france , consulté le 1 décembre 2021.

[7] LETURCQ, Jean-Gabriel (2008). La question des restitutions d’œuvres d’art : différentiels maghrébins, L’Année du Maghreb, IV, 79-97.

[8] Idem,

[9] NIANG, Amy (2021). Restitution culturelle : pourquoi il faut repenser le moment colonial. En ligne https://www.lepoint.fr/culture/restitution-culturelle-pourquoi-il-faut-repenser-le-moment-colonial-02-01-2019-2282791_3.php , consulté le 1 décembre 2021.

 

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