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Halloween arrive à grands pas !

Les maisons et les jardins sont déjà décorés ; les citrouilles sont sur le pas de la porte et la météo se rafraîchit.

Halloween est appréciée part les petit.e.s et les grand.e.s. Les enfants feront du porte à porte réclamant des friandises ou des mauvais tours et les adultes se rassembleront dans des soirées déguisées sur le thème de la peur et de l’horreur. Chacun.e a parcouru quelques boutiques spécialisées et a pensé à son costume pour la nuit du 31 octobre…

On peut se déguiser en fantôme, vampire, zombie, infirmier, médecin ou même en caribou, pourquoi pas ! Oui, enfin, ça c’est si tu es un homme. Tu n’auras pas de mal à trouver un costume assez réaliste. Quand on est une femme, on a le choix entre fantôme sexy, vampire sexy, zombie sexy, infirmière sexy, médecin sexy ou caribou sexy. Oui, ce dernier existe, avec la culotte et la brassière moumoute… Même les religieuses et le Petit Chaperon rouge sont en minijupe. Tout ça pour dire que c’est ce que l’on trouve majoritairement dans un magasin classique au rayon femme. Il n’y a qu’à écrire « déguisement Halloween femme » sur Google pour comprendre le phénomène.

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Pourquoi l’homme a droit à son costume de policier original et la femme doit se contenter de bout de tissus, ça et là, qui font office de « costume policière sexy taille unique » ? Pourquoi les princesses Disney de mon enfance ressemblent à des versions X ?

Je n’ai rien contre le fait d’être sexy pour Halloween, ni pour toutes soirées ni même pour le quotidien. Pour certaines, c’est l’occasion d’oser quelque chose, de gagner une confiance en soi car durant ce jour, de tels accoutrements sont plus tolérés.

Mais a-t-on le choix ? Pourquoi les festivités de l’Halloween sont hypersexualisées pour les femmes et, pire encore, pour les petites filles ?

Il ne me semble pas qu’il faille avoir une jupe courte et des bas résilles pour faire peur ou pour être et avoir fun…

« Halloween est la journée, chaque année, où une fille peut s’habiller comme une vraie salope et que les autres filles ne peuvent rien dire là-dessus »

– Mean Girls

 

Commençons par le commencement. La réponse à cette question se trouve peut-être dans les origines de cette fête ?

Halloween tire son origine d’une fête celtique irlandaise, Samhain. Il y a 3000 ans, l’année celtique se terminait le 31 octobre et la nouvelle année débutait le 1er novembre. Cette dernière nuit célébrait la fin des récoltes et de la saison du soleil.

À la tombée du jour, les morts pouvaient rendre visite aux vivants selon la légende.

Les citoyens laissaient de la nourriture à l’entrée des villages afin de les accueillir et de les apaiser. Au cour de la nuit, les druides allumaient des feux pour célébrer Been, le dieu du soleil et pour éloigner les mauvais esprits qui se seraient introduits par la porte de l’au-delà. Les ténèbres étaient représentées par divers monstres qui sont, aujourd’hui, associés à Halloween.

À partir du IXème siècle, à l’arrivée du christianisme, les catholiques fêtèrent la Toussaint, la fête de tous les saints, le 1er novembre. Halloween vient de « All Hallows Eve » qui veut dire « le soir de tous les saints », autrement dit, la veille de la Toussaint.

Vers 1840, les irlandais, fuyant la famine, ont emporté cette fête traditionnelle avec eux aux Etats-Unis. Les américains ont intégré ça dans leurs coutumes, se déguisent et font du porte à porte pour obtenir des friandises.

 

Jusque là, il ne semble pas s’agir d’hypersexualisation de la société… Peut-être plus tard ?

A partir des années 1960-70, la vie des femmes prend un tournant avec la révolution sexuelle. C’est la fin de la censure cinématographique et littéraire, les femmes sont moins pudiques. La nudité se diffuse à travers les stripteases et photos de magazines. L’érotisme meuble l’espace public. La minijupe puis le topless font leurs apparitions et deviennent le symbole de la femme libérée. Le traditionnel Halloween n’échappe pas à ces changements avec les premiers costumes sexy.

Dès lors, « Erotissimo » de Gérard Pirès avec Annie Girardot met en avant les dérives de cette libération sexuelle. Les femmes doivent être sexy et assumer leur sexualité. Le film révèle le début de la marchandisation des corps avec un érotisme publicitaire et commercial.

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Les années 1999-2000 et la montée de la pop culture enfoncent le clou un peu plus. Grâce à « Baby One More Time », Britney Spears fait son apparition sur la scène musicale. On la voit sur nos écrans, minijupe et chemise sur le nombril. Nous avons, depuis, l’écolière sexy disponible dans nos rayons… Pourtant, l’uniforme d’écolière dans un établissement scolaire pour des mineurs n’a initialement rien de sexy.

 

Egalité des sexes et femme au rang de symbole sexuel : un paradoxe

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Il y a, pour moi, un véritable paradoxe ici. Nous aspirons à une égalité de sexes et à l’indépendance des femmes mais on constate que la femme est, une nouvelle fois, renvoyée au rang de femme-objet ou symbole sexuel. Ces costumes vont à l’encontre du mouvement pour lequel les femmes se battent depuis tant de temps. L’hypersexualité est devenue une norme et les jeunes sont immunisés par le phénomène, pourtant, il transmet un mauvais message et a un impact négatif sur la femme.

En septembre dernier, un costume sexy de « The Handmaid’s » mis en vente par Yandy, un site de costumes sexy a été retiré des ventes. Le livre et la série propose une réflexion sur la la place de la femme dans la société et ces uniformes sont de véritables oppressions pour les personnages. Ils sont torturés, violés et rendus au rang d’esclave. S’il y a bien une fiction à laquelle on ne pouvait pas coller une étiquette « sexy » je pense que c’est bien celle-ci.

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En plus d’être présent pour les femmes, ils le sont aussi bien souvent pour les petites filles ou les adolescentes en devenir. Cela favorise l’obsession de l’image du corps et met l’accent sur la minceur et la sexualité. En 2016, Amazon a été contraint de retirer une gamme de costumes pour enfant de moins de cinq ans. Sous ce type de titres « panda sexy pour Halloween» ou « léopard sexy », les costumes étaient en vente depuis deux ans et classés parmi les costumes les plus populaires.

La popularité d’Halloween accroît depuis trente ans. Il s’agit même de la deuxième fête la plus commerciale au monde, après Noël.

J’espère que vous vous amuserez bien cette année et que vous serez effrayé.e.s !

Puis cette année, si vous fêtez ça, pourquoi pas montrer votre créativité et votre originalité plutôt que d’acheter un costume un peu trop court ?

 

Laura Bonnieu (France – Canada)

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