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Nous entendons souvent l’expression qui dit que si le Verseau n’existait pas, notre vie ne serait plus la même. Et bien, un bref aperçu du parcours de cette jeune femme dans la mi- vingtaine aura vite fait de le prouver !

Du signe du porteur d’eau avec l’ascendant Balance, Vicky Kheira, à la fois extravertie et sensible, étudie en Fine Arts, majeur en peinture et dessin, à l’Université de Concordia (Montréal, Canada). Dans sa vie de tous les jours, elle, qui se juge être un brin chaotique, aspire à être une meilleure personne aux côtés de son époux qu’elle qualifie d’homme extraordinaire donnant envie au quotidien de partager les bienfaits de l’amours sain, de ses deux magnifiques chats et de toutes ses idées qui fusent dans sa tête créative et ingénieuse.

D’ailleurs, c’est à la vue de la réalisation d’un de ses projets que nous avons décidé et eu le plaisir de l’interviewer :

– Du design de mode à la photographie en passant par le dessin et la peinture … Qu’est-ce qui t’a poussée vers les arts, en général ?

L’art a toujours été partie intégrante de moi. Ma mère est une artiste dans l’âme et comme nous étions, parfois, juste nous deux car mon père avait certains problèmes, nous dessinions et faisions de la peinture assez souvent. Plus jeune, j’ai fait un peu de théâtre. Cependant, à l’âge de 11 ans, mon père fut totalement absent et je me souviens avoir beaucoup écrit à ce sujet eu égard à la difficulté que son absence engendrait. Écrire et dessiner me permettaient de me changer les idées. Puis, tranquillement, les arts ont été présents dans ma vie car j’y trouvais une source de réconfort ; je me sentais libre. Toutefois, hormis le dessin et la peinture, la danse et la photo se sont ajoutées.

J’aime construire de mes mains, m’occuper l’esprit, résoudre des problèmes artistiques et observer mais j’aime surtout le changement. Une grande liberté est laissée par le milieu des arts et socialement, ces derniers offrent une façon positive d’amener des sujets difficiles dans le but de les déconstruire.

– Comment exprimes-tu tes ressentis, notamment ton rapport avec le corps humain, à travers tes photos ? Nous notons, d’ailleurs, que le corps physique et mental est un tes sujets de prédilection. En as-tu d’autres ?

J’ai toujours eu un rapport de performance avec mon corps : maquillage dès mon plus jeune âge et beaucoup d’entraînement dans mon équipe de cheerleading. Toutefois, lorsque j’ai quitté celle-ci, mon corps a changé ; ce qui a eu des répercussions sur ma confiance en moi. Mon image m’obsédait, je ne me sentais pas bien dans ma peau et je ne savais pas trop comment dealer avec ça.

À mes 17 ans et suite à un déménagement à Montréal, j’ai commencé à être modèle pour les coiffeuses avec qui je travaillais. Lorsqu’on me prenait en photo, on me disait que j’étais belle. Mais l’opinion des autres ne suffisait pas ; je ne me trouvais pas assez à mon goût. Ce n’était jamais assez ! Fort heureusement, je voyais une amélioration face à ma propre estime même s’il manquait encore – et manque toujours – quelques éléments tels que la théorie. C’est un peu grâce au féminisme de beaucoup de personnes de mon Facebook que j’ai commencé à lire sur le corps, l’acceptation de soi et la pression causée par le patriarcat et les pubs sur les femmes. J’ai entériné la déconstruction de ma perception de la beauté versus celle de la beauté sociétale. Aujourd’hui, même si j’ai fait un bout du chemin grâce au féminisme qui est, d’ailleurs, un de mes autres sujets de prédilection, je sais qu’il m’en reste un autre bout à faire.

– Pink and Blue Project ! Comment est née cette idée ?

Ce projet est né d’un autre projet expérimental de performance : Midnight Blue Princess. En décembre 2017, je me suis donné comme défi de porter seulement du bleu, du rose et du gris pour l’année 2018. Je souhaitais voir comment ces couleurs influenceraient ma vie et je fais tous mes projets artistiques avec elles. Puis, comme je suis toujours à l’université, j’ai développé mon processus afin de savoir pourquoi je voulais faire de l’art. Dû au fait qu’il a souvent une valeur marchande très onéreuse (et donc très élitiste aussi dans son intellectualisation), l’art contemporain n’a pas su faire de moi une grande fan. J’ai donc eu envie de faire de l’art pour répandre le bien autour de moi tout en le rendant accessible. Guidée grandement par une de mes profs dans des lectures sur l’art et le processus de guérison, j’ai tout bonnement décidé de prendre des gens en photos afin qu’ils ou elles puissent réintégrer leur corps : j’invite les gens à partager avec moi des petits moments de leur vie et à écrire un texte que je publie s’ils ou si elles le souhaitent. Le but est de créer possiblement le plus soft des espaces de confidences (avec de la tisane et des huiles essentielles calmantes diffusées dans la pièce) et des liens entre les modèles, leurs expériences et le public pour arriver à exposer des struggles ou des petites joies de la vie afin de briser le cycle d’isolement créé par notre société.

– Pourquoi le choix de ces deux couleurs qui, entre autres, sont des tendances printanières ?

Je n’avais aucune idée que ces couleurs seraient à l’honneur au printemps ! Comme dit précédemment, je les ai choisies en parallèle avec un autre de mes projets expérimentaux intitulés Midnight Blue Princess où j’explore les trois couleurs précitées qui sont, pour moi, apaisantes et représentatives du concept social de genre. Dans mon projet expérimental relatif aux avancées technologiques et les humains, je réfléchis aux liens entre la femme et la cyborg. Pourquoi créons-nous des robots avec une apparence du genre binaire ? J’examine la question tranquillement et je sors une première conclusion prévue pour le mois de juin.

Pour revenir aux couleurs, leur choix s’explique par des raisons spécifiques. Le bleu foncé est souvent associé à la force, au monde des affaires (couleur sobre) et le bleu pâle est plus rêveur et rappelle la couleur d’un ciel d’été. Le rose pastel fait, pour ma part, remonter la douceur de l’enfance à la surface alors que je perçois le fuschia comme une couleur me donnant la joie de vivre, la force et l’ambition. Quant au gris, c’est le lien entre la cyborg en moi et la femme : la différence entre l’humaine et la machine (ma personnalité forgée par la société versus qui je suis en profondeur). J’analyse comment ces couleurs m’influencent et qu’est-ce-qu’elles m’apportent dans mon quotidien.

– Peux-tu nous en dire un peu plus sur ta démarche artistique, en général et par rapport à Pink and Blue ?

Je n’ai pas trouvé encore à 100% ma démarche puisque j’aime bien explorer et ne pas me mettre de limites. Néanmoins, le désir d’aider les gens à se sentir bien dans leur peau est bien ancré en moi. Comme je souffre d’anxiété, de dépression et d’idées suicidaires depuis mon adolescence, j’ai pris, récemment, conscience que je n’étais pas seule et c’est cela que je veux aller chercher : le sentiment de réconfort lorsqu’on réalise qu’on est plusieurs à vivre une situation similaire. Je souhaiterais aussi exposer les problèmes liés à l’image de soi afin que celles et ceux qui ne ressentent pas cette anxiété puissent mieux comprendre celles et ceux qui la vivent. Une ouverture de la discussion avec des images, une société encline aux enjeux de la santé mentale et des répercussions des gestes toxiques que nous nous imposons au quotidien, voici mes objectifs.

– Qui sont les modèles ayant posé pour ce projet (non pas leur nom, mais plutôt leur personnalité, ce qui les caractérise, …) ?

Ce sont des personnes qui ont ce désir de se sentir bien dans leur peau, malgré les différences physiques ou psychologiques. Mes modèles sont toutes et tous uniques ; seulement, je crois qu’elles et ils veulent aussi se faire reconnaître et accepter comme elles et ils sont. D’ailleurs, je serai toujours reconnaissante de la confiance donnée puisqu’il est difficile de poser et d’exposer qui nous sommes en chair et d’ouvrir la discussion.

 

– Pourquoi un choix de corps féminins uniquement ?

En fait, je ne fais pas de  »sélection de modèle ». Je lance un appel ouvert sur les réseaux sociaux avec, parfois, un thème, et je laisse les gens venir à moi. Aucune limitation physique ne définit mes modèles ; je veux, plutôt, que les gens aient envie de vivre une expérience. Peut-être semble-t-il y avoir une tendance de corps féminins … Or, des gens non-binaires ont également posé. Je tiens à ce que mon projet soit le plus inclusif possible pour montrer la panoplie de jolies personnes qui existent.

-En plus de tout ce travail, tu es aussi gogo dancer. Qu’est-ce qui t’a amenée dans ce milieu ?

J’avais une amie qui en faisait ; puis, un jour elle cherchait de nouvelles personnes pour se joindre à l’équipe. Aimant me sentir sexy, je lui ai alors écrit et l’aventure avec The Royals a débuté. Lors des déguisements avec les danseur.se.s, il y a une complicité, une magie qui nous unit. J’aime que les gens me trouvent belle lorsque je suis déguisée et portent une attention positive sur mon physique (ce qui n’a pas été le cas pendant mon secondaire au su des commentaires négatifs que certains garçons se permettaient de me passer) et surtout, je pense que j’aime briser le stéréotype de la  »fille qui danse car elle n’a que son corps à offrir ». Les personnes de ladite équipe sont, sans exception, intelligentes et c’est une belle opportunité offerte par Queen Myrai à celles et ceux qui ont envie de danser et d’être sexy. Être gogo dancer est ma façon de reprendre le contrôle de mon corps et de me pratiquer à imposer mes limites lorsque les hommes (oui, c’est principalement des hommes qui essaient de les dépasser !) ne respectent pas mon consentement.

– A quoi devrons-nous nous attendre prochainement concernant tes projets ?

En plus de continuer le Pink and Blue Project pour 2018, je compte organiser un événement-performance ayant pour thème La marche des marié.e.s. Grossièrement, ce projet consiste à réunir un grand nombre de personnes qui marcheront sur un parcours dans l’habit de noce de leur choix. Il permettra de vivre une journée dans la peau d’un.e futur.e marié.e pour se sentir fabuleux.se et cueillir sur le chemin des fleurs qui constitueront un bouquet propre à chacun.e. Les gens qui participeront vivront cet élan d’amour et de joie vécu lors du mariage sans nécessairement avoir toutes les obligations religieuses ou gouvernementales. Ça sera le prétexte parfait pour celles et ceux qui ne veulent pas se marier, mais qui aimeraient n’empêche célébrer l’amour dans un habit dédié au mariage.

 

 

Blacky Gyan (Sénégal – Canada)

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