Le kanga, un vêtement communicant

Kanga na kitenge

Le kanga est un vêtement traditionnel de la culture swahilie. Cette pièce très portée en Afrique de l’Est se révèle être d’une utilité redoutable et insoupçonnée.

 

Le « kanga » est une pièce traditionnelle de la culture swahilie. Ce vêtement rectangulaire que l’on porte habituellement à la taille, se compose de motifs et couleurs vives qui en font un vêtement très apprécié en Afrique de l’Est. Du mariage à la maternité, le kanga également orthographié « khanga » accompagne les femmes tanzaniennes et kényanes durant les étapes importantes de leur vie. En plus de son aspect esthétique, cette pièce incontournable dispose d’un usage insoupçonné et atypique : la transmission de messages.

 

L’histoire d’un tissu à l’origine incertaine

Avant de s’attarder sur cette étonnante propriété, concentrons-nous sur l’histoire de ce célèbre vêtement. Les premières traces de production de ce textile remontent au 18e siècle, aux abords des côtes de l’Afrique de l’Est. À ce jour, les vraies origines du kanga sont encore indéterminées. Cependant, l’hypothèse la plus répandue attribue son origine à des femmes zanzibarites. Ces dernières auraient eu l’idée de teindre et d’associer des morceaux de tissu afin d’en faire des vêtements. Pour l’anthropologue culturelle, Phyllis Ressler, le design du kanga résulte de la combinaison d’influences culturelles venues d’Afrique, d’Europe et de l’océan Indien. Elle explique dans son article The Kanga, A Cloth That Reveals- Co-production of Culture in Africa and the Indian Ocean Region, que les motifs s’inspirent de couvertures de livres anglais, de tapis persans, mais aussi d’objets ou encore de vêtements cérémoniaux africains. Elle qualifie ainsi le tissu de « coproduction ».  

 

Le kanga, un tissu porteur de messages

Si le kanga est avant tout connu pour son design aux motifs et aux couleurs chatoyantes, il doit aussi sa renommée à ses phrases écrites sur la partie centrale du tissu.

C’est cette partie appelée « mji » en swahili, que viennent s’inscrire des phrases tirées pour la plupart de proverbes ou de poèmes swahilis. Elles se réfèrent, entre autres, à la religion, à l’amour et à la politique. Il est donc possible de retrouver des messages tels :

Polepole ya kobe imefikisha mbali.

 (La lenteur de la tortue l’emmène loin.)

Mshukuru mungu kwa kila jambo.

(Remerciez Dieu pour tout.)

Kuishi wawili ni raha.

(Vivre à deux, c’est le bonheur.)

Kupendwa ni utajiri usio kwisha.

 (Aimer est une richesse infinie.)

Nilijua mtasema.

(Je savais ce que vous alliez dire.)

Sitaki maneno.

(Je ne veux pas parler.)

De l’expression d’une idée à l’indication de son état du jour, ces mots transforment le kanga en ingénieux moyen de communication. En diffusant des messages ciblés (ou non), il donne, à certains, la possibilité de transmettre des messages qui ne peuvent être verbalisés. C’est particulièrement le cas lors de rivalités entre femmes engagées dans des unions polygamiques. En effet, une professeure de swahili à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, nous raconte qu’à travers le vêtement, une épouse peut revendiquer ou affirmer auprès des autres épouses, son statut de favorite. Elle évite ainsi disputes et offenses publiques qui pourraient lui porter préjudice aux yeux de son mari. À la fois pratique, esthétique et communicant, le kanga n’en finit pas de nous surprendre.

Source

Ressler, Phyllis (2012). The Kanga, A Cloth That Reveals- Co-production of Culture in Africa and the Indian Ocean Region. En ligne https://digitalcommons.unl.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1735&context=tsaconf, consulté le 10 octobre 2022.

 

Crédit Photo

Wikimedia Commons

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