Le Chaâbi – Une héritière de la musique arabo-andalouse, Portrait

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Chères lectrices et chers lecteurs, je vous propose une rencontre avec la musique algérienne du Chaâbi (de l’arabe الشعبي əš-šaʿabī), héritière de la tradition arabo-andalouse. Cette musique provient des enseignements du Maître El Anka, un théoricien de la musique de Chaâbi. Elle a été popularisée au XXème siècle et connait son développement à Alger.

Dans le cadre de notre article, nous avons souhaité interroger Malya Saadi, une chanteuse algérienne qui a été influencée par cette musique traditionnelle et qui a accepté de partager avec nous son parcours.

 

Peux-tu nous présenter la tradition du chaâbi ?

Le chaâbi signifie populaire en arabe. C’est donc la musique populaire née au début du XXème siècle à la casbah d’Alger, trouvant ses origines dans la musique arabo-andalouse. Le fondateur de cette musique s’appelle El Anka. Il est aussi le créateur de la mandole, un instrument principal du chaâbi. Cette musique est principalement chantée en langue arabe dialectal mais aussi en langue berbère.

 

Comment s’inscrit-elle dans la culture algérienne ?

Le chaâbi est très populaire dans certaines régions d’Algérie mais principalement à Alger. C’est un style de musique sacré et très apprécié, surtout chez les anciens.

 

Décris-nous quel est ton apport à la musique chaâbi ?

Il faut savoir que le chaâbi a toujours été une musique faite par des hommes pour des hommes. J’ai été l’une des premières femmes à chanter le chaâbi ce qui est déjà un apport à cette musique, mais aussi à travers les arrangements de musique du monde que j’ai apportés à mes chansons et aussi, certains instruments plus modernes que les instruments traditionnellement utilisés dans la musique chaâbi.

 

Que représente pour toi, le chaâbi et comment pourrions-nous faire découvrir cette musique à la génération actuelle ?

Le chaâbi a bercé toute mon enfance puisque mon père est chanteur de ce style de musique. Le chaâbi coule dans mes veines, il est une partie de mon identité. Tous les moyens sont bons pour le faire découvrir à la nouvelle génération, le promouvoir et le moderniser afin de le rendre plus accessible à une oreille plus jeune.

 

Quelles sont tes actions pour le promouvoir auprès de ton public ?

Personnellement, mon apport est à travers mes albums, des passages à la télévision et dans les radios, mais surtout des tournées et concerts.

 

Que penses-tu de la dénomination de patrimoine immatériel et serais-tu favorable pour que le chaâbi reçoive cette reconnaissance ?

Je trouve l’appellation appropriée et évidement que je serais heureuse que le chaâbi soit reconnu au patrimoine immatériel de l’humanité.

 

Quels sont les principaux ajouts musicaux que tu as apportés dans tes compositions musicales au regard du modèle de composition traditionnel du chaâbi ?

J’ai apporté principalement les sonorités de musiques du monde et des instruments modernes.

 

As-tu vu une évolution de la réception du chaâbi en Algérie au cours de ta carrière ?

Oui tout à fait. De plus en plus de femmes écoutent le chaâbi et les femmes assistent aux récitals. Or, ce n’était pas le cas il y a quelques années de cela.

 

Que dirais-tu aux jeunes femmes par rapport à la musique chaâbi pour les encourager dans cette voie ?

J’encourage les femmes à s’approprier cette musique et encourage à la faire connaître car c’est un trésor.

 

Quel serait ton message pour les artistes algériennes en herbe qui souhaiteraient redécouvrir le chaâbi et le valoriser à l’international ?

Je les encourage vivement. Le chaâbi mérite d’être connu partout.

 

Si tu devais donner ta propre définition du terme artiste, laquelle serait-elle ?

L’artiste est, pour moi, une personne qui crée, exprime une sensibilité ou interprète. Je pense que nous sommes tous des artistes mais nous ne le savons pas toujours. La vie peut être considérée comme une source première de l’artiste.

Le chaâbi trace un itinéraire pour revaloriser les musiques traditionnelles tout en proposant dans 1es textes, des réflexions philosophiques. Elle favorise l’art comme une modalité pour l’introspection et pour faire face aux changements. Cette musique apparait être un carrefour entre la philosophie et les musiques traditionnelles du Maghreb.

Pour ceux qui ne connaissent pas le chaâbi algérien, je conseille véritablement d’écouter les œuvres de Malya Saadi ou de Rachid Taha, afin de percevoir la verve poétique de cette musique. Elle mérite d’être connue, et redécouverte par les jeunes artistes francophones et français afin de propager et protéger ce répertoire musical traditionnel.

 

Références

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