La boutique Kalebass dans Rosemont – La Petite Patrie

Montréal est une ville éclectique par son multiculturalisme. Une liberté identitaire se fait ressentir lorsque l’on traverse les avenues. Que ce soit par l’expression des habits, de ses couleurs, de sa gastronomie et de son histoire, Montréal devient un tout linguistique par la musique des langues diverses. Cette ville, c’est chez moi et j’adore la contempler pour ces raisons. Lorsque je sors me promener, je prends le temps de regarder les gens, de ressentir le pouls quotidien des habitants de l’île. Je me rends au parc et je rentre dans un état d’accalmie. Le monde est beau, c’est ce que l’on devrait se dire plus souvent pour ainsi atténuer la haine. Les passants se regardent dans les yeux. Des gens partagent leurs moments mémorables de la semaine. On ressent un besoin de se réunir pour essayer, durant un court instant, d’oublier la lourdeur de cette pandémie.

Le soleil me guide et je croise une boutique. C’est nouveau, c’est différent et ça m’appelle. Je rentre. Une odeur réconfortante d’épices se rend à mon odorat et je veux en savoir plus. Ces vapeurs éveillent des souvenirs endormis de mon psychisme.

Les commerçantes sont originaires du Sénégal. C’est un pays que je connais peu, mais qui revient souvent dans les discussions environnantes. Ils m’accueillent avec beaucoup de générosité et l’on jase de la vie comme si nous étions de bons voisins.

Les murs sont bordés d’œuvres d’arts africains. Bijoux « baoulés » en bronze, vêtements de tissu pagne africain , encens et encore plus, sont à l’effigie du continent africain et font partie des éléments couvrant les nuances de la boutique .

Située au coin de la rue Beaubien et de la 30e avenue. Faisant partie de l’arrondissement Rosemont – La Petite-Patrie à Montréal. Trois femmes sénégalaises encouragées par leur mari ont décidé d’accroître la richesse de leur culture en la partageant avec la communauté montréalaise. Yacine Niang, Coumba Sy et Alima Diakité mettent de l’avant leurs connaissances identitaires et nombreux talents en faisant le point sur une économie circulaire, qui avantage non seulement des artisans de chez nous, mais aussi d’Afrique. La beauté du marché Kalebass est dans sa philosophie du partage et de la durabilité des liens sociaux au cœur des communautés. C’est un mode de vie qui nous apprend à écouter notre environnement afin de mieux nous y adapter, en regroupant les forces des individus.

J’eus le plaisir de discuter avec Yacine. Nous avons échangé et à la suite de cet entretien, j’ai eu le besoin de vous faire part des informations pertinentes que j’ai pu récolter.

Tout d’abord, Yacine, spécialiste conformité pharmaceutique à temps plein et décoratrice pour la boutique, me parla de la source du terme calebasse. Désignant le fruit d’une plante potagère retrouvée en terre africaine. Comparable d’un point de vue morphologique à la courge, on utilise, par contre, rarement la chair pour se nourrir. L’enveloppe du fruit a, en revanche, de multiples fonctions. Son enrobage déshydraté peut servir de bol, d’ustensiles, d’élément artistique et même d’instrument musical. La calebasse porte un aspect symbolique sur le territoire africain. Au Sénégal, on croit que ce fruit est signe de prospérité et de partage, à l’image des racines mosaïques de son arbre. Plusieurs coutumes entourent la calebasse. Durant les mariages sénégalais, le nouveau couple célébrera l’union et consommera leur tout premier repas à l’intérieur d’un bol à calebasse. Le symbolisme derrière ce geste assure une longue vie prospère au couple.

L’équipe derrière la boutique Kalebass a comme intérêt d’étendre le symbolisme du fruit sur les parois de leur commerce, tout en mettant naturellement en pratique les bienfaits du partage et de l’union dans les communautés. Le développement de cette entreprise éco-responsable part d’une passion où la valorisation identitaire expose les forces d’une Afrique fertile et prospère.

Ce trio de femmes offre des services très diversifiés et personnalisés aux clients. Il est possible de refaire la décoration de son salon, par exemple, en ayant comme appui les conseils et les idées créatives de Yacine. Elles ont une grande variété de tissus sénégalais très colorés et par les talents en couture de Coumba (aussi administratrice des garanties et réclamations à temps plein), elle pourra transformer et agrémenter les pièces de votre demeure. J’ai moi-même eu recours à leur professionnalisme pour la fabrication de rideaux sur-mesure. Je les adore car ces rideaux exposent une réconfortante luminosité à l’intérieur de mon logis, et en plus, ils sont uniques.

Le prix des services et des matériaux/accessoires est très bas. Puisque le commerce est ouvert depuis une année, l’équipe a dans l’intérêt d’ « offrir » aux clients. Les affaires vont bon train, puisque la satisfaction des clients fait qu’ils reviennent souvent et qu’ils donnent le mot à leur entourage.

Leurs services vont aussi au-delà du matériel. Elles proposent des ateliers couvrant les thématiques de la littérature africaine et de la couture. Malheureusement, en réponse à la pandémie de la Coronavirus, des normes de distanciation sociale ont été établies par le gouvernement québécois. Ces événements sont donc sur un frein.

Ces femmes inspirantes et leur famille solidaire se mobilisent afin de rapprocher les communautés africaines et canadiennes/québécoises. Pour que cela soit réalisable, la connaissance d’un grand réseau de gens ayant diverses habiletés est nécessaire. Alima est considérée comme un pilier au sein de cette entreprise, qui apporte de nombreuses connaissances sociales à l’équipe. Depuis une vingtaine d’années, elle a participé à plusieurs événements artistiques tels que Les nuits d’Afrique de Montréal et le Festival Western de St-Tite. Elle est celle des trois femmes qui a le plus d’expérience dans le domaine des événements culturels afro-nord-américains et collabore avec plusieurs artistes. Aujourd’hui, elle possède un restaurant à Ottawa, le Sadiya Catering et travaille à distance pour la boutique Kalebass.

Avec le temps, je suis devenue une cliente habituelle. J’y amène mes enfants par moment. Mon fils aîné me demande souvent d’y retourner, car il trouve que ça sent bon et pour une autre raison, ses odeurs, celles qui me rappellent un coin de pays familier où j’ai égaré les souvenirs de mon enfance.

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