Jean-Michel Basquiat : En quoi devient-t-il le porte-parole de la population noire afro-américaine dans les années 1980 ?

« Je ne suis pas un artiste noir. Je suis un artiste. »

 

Jean-Michel Basquiat est entré dans la légende par son talent artistique prodigieux ainsi que par ses messages provocants qui touchent des milliers de personnes noires, notamment des Afro-américain⸱e⸱s aux cours des années 1980 aux Etats-Unis. Né en 1960 à Brooklyn d’une famille de père haïtien et de mère portoricaine, il ne suit aucune formation artistique formelle. Comme Basquiat est doué pour le dessin et que son intérêt pour l’art est encouragé par sa mère, sa trajectoire artistique commence dès son enfance après une hospitalisation d’un mois à la suite d’un accident de voiture en 1968. Sa carrière décolle à partir de 1981 quand la galeriste Jannina Nosei lui permet de créer des œuvres dans le sous-sol de sa galerie et organise pour lui une exposition où ses œuvres sont vendues pour des milliers de dollars. Il devient une perle précieuse pour l’art contemporain de l’époque. Jean-Michel Basquiat est connu pour son amitié avec l’artiste Andy Warhol avec qui il a fait maintes collaborations. Après le décès de son soulmate, Basquiat devient déprimé et une overdose met fin à sa vie en 1988.

Jean-Michel Basquiat travaille sur plusieurs thèmes qui traversent toute sa vie de création tels que l’identité et la relation raciale. Étant témoin du racisme, il utilise la création comme moyen pour exprimer sa colère envers la ségrégation, la discrimination, l’exclusion et l’oppression des Noir⸱e⸱s dans la société américaine. Il croit que les figures noires ne sont pas portraiturées de manière réaliste dans l’art moderne. C’est pour cette raison que l’on peut toujours trouver le souffle de cette révolte dans ses sujets, ses inspirations ainsi que ses messages. Dans Defacement (1983), Basquiat nous invite à voir une scène de la violence policière qui, en effet, suit la mort de Michael Stewart, un artiste noir, après avoir été agressé brutalement par les policiers. Son œuvre Slave Auction (1982) nous impressionne par l’intensité des violences, des douleurs dont souffrent des esclaves noir⸱e⸱s qui sont mis⸱es en vente aux enchères par les exploiteurs américains. Ce jeune artiste affirme son génie par l’imbrication des différents thèmes comme l’histoire du peuple noir, le racisme, l’exploitation des esclaves noir⸱e⸱s, la maltraitance envers les Noir⸱e⸱s ainsi que la hiérarchie entre les races et les classes dans la société.

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Defacement (The death of Michael Stewart), 1983, 63,5 cm × 77,5 cm, acrylique et marqueur sur bois, Collection de Nina Clemente
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Slave Auction, 1982, Collage de papiers froissés, pastel gras et peinture acrylique sur toile, 183 x 305,5 cm, Centre Pompidou, Paris.

 

La lutte contre l’oppression de la population noire par les Américain⸱e⸱s ne se voit pas seulement dans les thèmes et les sujets de Basquiat, mais elle est incarnée aussi dans les symboles visuels et iconographiques ainsi que dans des mots poétiques provocants. Avec son ami Diaz, il commence sa carrière avec du graffiti en peignant des textes et des poèmes dans la rue sous le pseudonyme de SAMO. Puis, il met fin à son activité, travaille en solo afin de faire de son rêve une réalité en devenant riche et fameux. Comme Jean-Michel Basquiat est un maître de la couleur et de la linguistique, il imbrique toujours dans ses peintures des aplats de couleurs vibrantes et des mots, voire des textes avec la technique nommée « sentiment » en grattant et superposant moult couches de peinture. De plus, le symbole de la couronne qui apparaît avec une grande densité, est considéré comme le couronnement par l’artiste des héros noirs afin de dénoncer le pouvoir et la hiérarchie raciale dans la société américaine. Les boxeurs noirs tels que Sugar Ray Robinson, Cassius Clay, Joe Louis ainsi que des musiciens noirs comme Louis Armstrong, Charlie Parker sont représentés dans les œuvres extraordinaires de Basquiat sous forme de protagonistes, de figures ou parfois d’abréviation qui attirent les yeux des spectateurs.

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Now’s the Time, 1985, acrylique et huile sur bois, 235 cm

 

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St. Joe Louis surrounded by Snakes, 1982, Acrylique et pastel sur toile, 101,5 x 101,5 cm.

 

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Sans titre (Sugar Ray Robinson), 1982, acrylique et huile sur toile, 106,5 x 105,5 x 11,5 cm

 

Au-delà de ses thèmes et de ses iconographies révolutionnaires qui défendent la place des Noir⸱e⸱s à l’époque, Basquiat introduit aussi au public l’héritage historique et culturel de son origine. Il prend des références auprès de sa culture haïtienne et portoricaine telles que les masques primitifs des tribus africaines et les crânes vaudous haïtiens. Ses inspirations viennent de la musique, notamment du be-bop et du rap, qui influencent radicalement la manière dont il peint. La culture hip-hop issue de la génération afro-américaine dans les années 1970 à New York se trouve aussi dans beaucoup de ses œuvres sous forme de graffiti.

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El Gran Espectaculo ( The history of Black people), 1983, acrylique et crayon gras sur bois, 172,5 x 358 cm

 

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King Zulu, 1986, acrylique, cire et feutre sur toile, 202.5 x 255 cm, Musée d’Art Contemporaine de Barcelone, Gouvernement du Fond Catalonia.

 

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Gold Griot, 1984, acrylique et crayon gras sur bois, 297.2 x 185.4 cm, Fondation Broad Art

 

En un mot, il est indéniable que Jean-Michel Basquiat est un grand artiste avec un héritage prolifique de 800 tableaux et 1500 dessins. Bien que sa carrière ne dure pas longtemps, il marque l’histoire de l’art contemporain par son talent fulgurant en même temps que par son combat contre la discrimination envers les Noir⸱e⸱s dans la société américaine. La dénonciation du racisme, de la ségrégation, de l’exclusion et de la hiérarchie dont la population afro-américaine doit souffrir traverse la majorité des œuvres de Basquiat, de ses sujets, ses figures à ses références et ses inspirations. Il mérite non seulement d’être une figure dans l’histoire de l’art, mais aussi d’être le militant qui se révolte pour les Noir⸱e⸱s.

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