Entrevue d’artisan.e | CalinBisou

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Kwe,

D’ascendance huronne-wendate, la première artiste de notre nouvelle rubrique est issue de la communauté huronne de Wendake, dans la région de Québec. Ayant grandi à Montréal, elle s’est ensuite tournée vers la Montérégie à l’âge adulte et demeure actuellement à Drummondville, près de sa fille et de ses petits-enfants. Être à la retraite lui permet de bouger plus dans sa communauté à Wendake pour diverses raisons. Elle y a plusieurs relations d’intérêts avec des consœurs mais y va aussi pour des expositions, des approvisionnements, des ateliers, etc.

Immersion dans le monde de Céline Sioui Bergeron et de CalinBisou

 

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise CalinBisou ?

À la suite de l’évolution de mon artisanat vers une échelle commerciale, rapidement, j’ai dû me donner les structures nécessaires au développement de cette aventure. Au fil de mes créations, d’autres opportunités se sont offertes à moi et j’envisage sous peu une augmentation de ma visibilité sur les médias sociaux et une restructuration qui me permettra d’être plus inclusive pour mes œuvres futures, qui se diversifient.

 

D’où vous viennent ces multiples passions pour le crochet, le macramé, la fabrication de bijoux, etc. Comment avez-vous appris tout cela ?

Depuis toute petite, je cultive différents intérêts (couture, macramé, artisanats variés, etc.) accessibles dans mon quartier en suivant différents ateliers, cours, etc. Ma mère m’a toujours facilité l’accès à ces différentes activités qui me passionnaient déjà étant enfant. Mes deux grand-mères avaient toujours un ouvrage à la main. Pour l’une d’entre elles, c’était la couture et pour l’autre, le tricot. Ma mère s’est également mise au tricot à sa retraite. J’ai également eu deux tantes qui ont fait de la couture « créative » tout au long de leur vie. Je n’ai jamais vraiment arrêté de faire des projets au cours de ma vie adulte. Étant à la retraite, je bénéficie de la liberté nécessaire pour me consacrer entièrement à mes passions ; ce qui permet à CalinBisou de prendre son envol.

 

Qu’est-ce que tout cela vous apporte ? Le crochet, par exemple ?

Des bouchées de bonheur à prendre, à donner, la liberté d’être tout ce qui habite ma tête, l’apaisement intérieur, l’épanouissement et plus encore.

 

Des valeurs qui vous tiennent à cœur ?

La liberté dans la créativité, la paix, l’harmonie, le partage, l’échange universel, voilà ce que m’apporte cette phase de ma vie.

 

Parlez-nous des Créations O’Ara’ !

C’est une porte vers un autre univers qui s’est récemment ouverte. Depuis l’adolescence, je m’intéresse aux nouages de cordes, une technique ancestrale nommée le macramé. Un monde s’est ouvert à moi et j’ai pu créer plusieurs pièces, dont une murale, dans une vitrine d’une maison des jeunes à Montréal. La principale murale avait comme sujet deux immenses personnages « incas ». Toutes les pièces ont été détruites lors d’un incendie.

Depuis ma retraite, en renouant avec ma communauté et diverses activités ancestrales, je me suis remise au tissage des cordes. De là, j’ai exploré mes souvenirs et j’ai effectué des recherches sur différentes sources (web, archives autochtones, YouTube, etc.), ce qui a provoqué une ouverture dans ma créativité. Tout ce processus m’a nourrie et depuis, je ne cesse de créer de nouvelles murales.

 

Quelle a été l’influence de votre environnement sur votre décision de devenir artiste ?

Après plusieurs excursions dans le Nionwentsio (forêt ancestrale des Hurons-Wendats au nord de Québec), plusieurs pièces de bois m’ont inspirée. Depuis, je n’ai plus la même approche du cycle de la nature. La variété et la créativité qui en découlent sont inépuisables.

 

Comment et pourquoi est née l’envie de commercialiser vos propres modèles ?

Ma créativité étant intarissable, il fallait faire quelque chose de ma grande quantité de pièces finies. Donc, pour donner suite aux conseils de mes pairs surtout, je me suis orientée vers la commercialisation et l’exposition de mes pièces.

 

Quels artistes vous ont le plus influencée ou vous influencent encore ?

Plusieurs artisans et artistes de ma communauté, où foisonne une variété de gens qui se nourrissent aux mêmes sources que moi : tant dans les arts ancestraux qui sont transmis depuis des temps immémoriaux, que dans des excursions (chasse, pêche, trappe, etc.) dans la nature, qui est une source inépuisable de matériaux.

 

Avez-vous éprouvé des difficultés à vendre au début ? Et aujourd’hui ?

Pour moi, les expositions huronnes-wendates ont été un point de départ et le sont encore à ce jour, malgré les restrictions dues à la COVID-19.

Pour l’entre-deux, ma page CalinBisouSioui m’assure une visibilité et l’apport de commandes en ligne durant cette période particulièrement difficile de restrictions (les confinements en particulier). Le bouche-à-oreille me fournit également des commandes. Cette année, j’ai pu participer à un reportage de Télémag (200 000 auditeurs) et à différentes séances photos de mes pièces. Dans un avenir rapproché, je pense pouvoir établir une page web de l’ensemble de mes créations artisanales avec CalinBisou et de mes murales O’Ara’. Il est certain que la conjoncture particulière due à la COVID-19 a ralenti l’accès aux expositions et donc provoqué une diminution des ventes. Cependant, les créations O’Ara’ se développent vers de nouveaux horizons, comme des possibilités d’expositions dans des centres d’art par exemple.

 

Nous constatons que votre page Facebook regorge de diverses créations et que vous êtes très productive. Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien et vous donne envie de créer ?

Le confinement dû à la COVID-19 crée un environnement propice à la créativité et à la production, comme vous le dira tout artiste et artisan de quelque horizon que ce soit. Cette conjoncture me permet d’arriver plus facilement à cette production. De plus, les échanges avec d’autres artistes, les trouvailles de matériaux, les possibilités d’évolution en créant, l’ensemble de tout ce quotidien fait que je bouillonne de projets : il fait beau dans ma tête, disons.

 

Votre plus grande fierté dans votre boutique ?

Côté crochet, les doudous pour leur douceur, leur réconfort thérapeutique, les ensembles-bébés qui touchent le cœur des gens (parents, grands-parents, etc.) et qui deviennent un bien précieux pour eux, qu’ils veulent garder.

Les créations O’Ara’ sont excessivement stimulantes pour ma créativité. Les murales présentes et à venir m’épatent moi-même. J’ai toujours hâte de travailler sur ces pièces, j’oublie le temps et ce n’est que du bonheur pour moi. Elles me surprennent, me captivent, je n’en ai jamais assez.

 

Comment avez-vous développé votre propre style ?

Même pour moi, c’est une surprise. Le style est en moi. Lorsque je commence les murales par exemple, je ne sais pas tout à fait ce qu’elles seront à la fin. Elles se créent au fur et à mesure que je les vois évoluer.

Pour le crochet, les textures proposées, tant par les sortes de laines (texture, couleur) que la variété des points, créent la diversité, ce qui fait que je ne me lasse pas. Il n’y en a jamais deux semblables.

 

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui ne sait aucunement manier des aiguilles et qui souhaiterait débuter ?

Je recommande un cours de base ou un atelier. Être accompagné permet d’avoir un minimum de confort dans l’exécution, la réussite des premières pièces. C’est important afin de prendre de l’assurance pour parvenir à un produit fini et satisfaisant. Par la suite, effectivement, toute bonne bibliothèque ou librairie, ou YouTube pour ceux qui sont plus portés sur l’audiovisuel, permettent de naviguer pour trouver une belle variété de sources. Le reste appartient à votre créativité.

 

Pouvez-vous nous présenter l’histoire d’une de vos créations ?

L’Esturgeon est une murale composée d’une pièce de bois du Nionwentsio qui a la forme d’un poisson qui exécute un saut hors de l’eau. La couleur jaune des cordes est inspirée du soleil, le cercle représente la Terre, la Tortue est la Terre-Mère (mon clan autochtone), les plumes l’envol, etc. Dans cette murale, il y a trois écailles d’esturgeon et il faut savoir qu’elles sont en ivoire de mer, car l’esturgeon est le seul animal marin qui produit de l’ivoire. C’est une rareté et le seul endroit où s’approvisionner est à Montmagny au Québec.

 

Si nous vous disons « art et peuples autochtones », que répondez-vous?

Que ces arts sont présents depuis la nuit des temps et encore plus vivants à l’heure actuelle. Ils existent par leur variété, leur innovation, leur créativité, leur transmission d’une génération à l’autre, et que dire de leur visibilité à travers le monde. Les peuples autochtones ont su traverser le temps en transmettant leurs langues, leurs coutumes, leurs valeurs, leurs richesses intellectuelles, etc. Ces peuples sont plus vivants que jamais et les arts jouent un grand rôle dans leurs parcours au travers du temps. Cette grandeur spirituelle, pour beaucoup en lien avec la nature, leur a aussi permis de nourrir leur créativité, grandir et d’être plus forts dans la relève qui se dirige vers un avenir florissant pour ces nations.

 

Quel est le rôle de votre art dans ce monde qui bafoue plusieurs notions, comme l’identité ?

Créer l’union, l’harmonie, la chaleur humaine, donner le goût et la curiosité pour les peuples autochtones.

Pour finir :

  • CalinBisouSioui vous mènera à ma page-boutique, où il est facile de me laisser un message, de voir plusieurs de mes pièces, de commenter, etc. Vous pouvez également me joindre par courriel : calinbisoucb@gmail.com.
  • Comme conseils aux personnes qui n’osent pas se lancer : ALLEZ-Y, faites-vous confiance, une pièce à la fois, et vous verrez où ça vous mènera. C’est une aventure surprenante qui vous permettra d’aller dans des zones inconnues, mais combien intéressantes, à la rencontre de l’autre dans toute sa diversité ! Côté cœur, côté intellectuel, côté créativité, c’est un perpétuel renouvellement et combien stimulant.

 

Commentaires (1)

Suzette Arsenault

Bravo Céline, je suis fière de porter réguliêrement une de tes créations.

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