Ana Dos Santos et son livre « Pequenos grandes lábios negros » : rencontre d’une poétesse avec son érotisme

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Ana Dos Santos est la première autrice présentée par le projet « Entre les lignes ». Par ses poèmes, elle cherche à mettre en avant la femme, son corps et un sujet longtemps caché : l’érotisme. Découvrez avec nous cette autrice surprenante.

 

Peux-tu me donner une phrase pour te présenter ?

Je m’appelle Ana Dos Santos. Je suis poétesse, professeure de littérature brésilienne et je suis aussi chercheuse des écrivaines noires brésiliennes.

Comment as-tu commencé à écrire?

Ma mère était professeure de philosophie donc chez moi, on me donnait beaucoup de livres à lire. Un jour, elle m‘a donné un journal privé et c’est à partir de là que j’ai commencé à écrire à huit ou neuf ans. Maintenant, j’écris des mots qui me viennent, des mots isolés, des idées et je prends un moment dans la semaine pour les organiser et écrire plus profondément. À partir de vingt-et-un ans, je me suis rendu compte que j’avais assez de matériel avec ce que j’avais écrit et que j’avais déjà un livre de poèmes. Quand je suis entrée à la faculté de lettres, j’ai vraiment commencé à faire des exercices d’écriture et ça m’a encouragée à continuer. Je montrais mes écrits à ma famille et mes proches pour demander une opinion et on m’encourageait. Ça m’a aidé à continuer.

Qu’est-ce que tu écrivais ?

J’écrivais sur l’amour. Je ne sais pas comment mais je suis née romantique.

Qu’est-ce qui guide ton écriture ?

Mon écriture est traversée par la condition de femme noire afro, ma relation avec mon corps, la relation de mon corps avec le monde, dans le monde et mon érotisme par rapport au monde.

Pourquoi le choix de ce thème ? 

Parce que pour moi, le sexe a toujours été un chemin de connaissances. Pour moi, cela a toujours été positif et cela m’a aidée à créer mon identité. Après la publication des poèmes érotiques, je me suis rendu compte que c’était un sujet tabou à cause de la réaction des autres. Les gens, en général, n’ont pas de connaissances sur cette littérature érotique et il y a une confusion avec le moi lyrique, poétique et la vie réelle de l’écrivaine. Les hommes croient qu’on est disponible à tout faire à cause du choix d’écriture.

Est-ce que les termes « érotisme » et « sexe » sont différents ?

Le sexe est une relation sexuelle qu’on a dans un lieu intime entre, peut-être, deux personnes. L’érotique dans la littérature, c’est par rapport aux mots qu’on choisit pour écrire. Je pense au dieu grec Éros, à tout ce qui concerne la passion et la sensualité. Mon écriture est féminine donc je cherche l’érotisme au féminin. J’aime le thème du désir de la femme et de sa liberté.

Est-ce qu’il y a aussi des hommes qui écrivent sur ce thème ou est-ce que ce sont majoritairement des femmes ?

Les hommes qui valorisent la beauté de la femme et son pouvoir sont rares. On voit plutôt la femme soumise dans leurs textes.

Comment as-tu publié ton premier livre ?

J’ai commencé à partir d’un concours auquel j’ai participé au Portugal et le prix était la publication d’un livre « Ami des arts ». C’était un concours international.

Est-ce que la réaction des gens a changé ?

Au commencement, je sentais que les personnes me rejetaient principalement à cause d’un manque de connaissances et de peur. Quand j’ai reçu une invitation pour publier mon livre Poerotisa , j’ai reçu des critiques discriminatoires de la maison d’édition. Je ne savais pas quoi faire mais j’avais déjà un public qui m’accompagnait et me suivait. Il achetait mon livre, mais ne trouvait pas mes poèmes érotiques. La maison d’édition les avait retirés du recueil. Six mois après, j’ai été invitée par une autre maison d’édition dans une autre région et j’ai accepté d’y publier mon troisième livre et, là, tout a été publié.

Après ce troisième livre, la critique a-t-elle continué ?

J’ai choisi ce type de travail justement à cause d’un objectif éducatif pour que les gens se connaissent mieux à travers leur corps et leur érotisme. En général, les retours sont plutôt positifs. Je pense que les gens sont choqués par le titre du livre et n’osent pas poser de questions, mais je crois qu’ils ont besoin de parler, d’écrire, de communiquer à ce propos.

Où peut-on découvrir ce que tu fais ?

J’ai une page sur les réseaux sociaux et un blogue dans lequel on peut trouver tout mon parcours littéraire et ce que je fais : http://anitamorango.blogspot.com

Ce sont des contes érotiques ?

Oui, ce sont des textes que j’avais écrits jeune et je ne les aimais pas, mais, aujourd’hui, je les réécris pour les publier.

Est-ce que tu écris seulement sur ton expérience ou sur les autres aussi ?

En vérité, c’est un mélange de l’un et de l’autre : je suis vraiment là dans le texte, mais quand j’écris, c’est aussi sur d’autres femmes et sur ce que je constate.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

J’ai quelques projets comme commencer à écrire des contes tout en continuant la poésie.

Entretien mené par Inès Naili par l’intermédiaire de Glória Terra, traductrice et professeure de français au Brésil.

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